vendredi 22 juillet 2011

EDITION : supprimons le terme "Nègre" de l'édition française

« Je vous parle d’un Temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre… » chantait Charles Aznavour. Cela semble s’appliquer au nombre vertigineux de publications de livres par des auteurs qui n’en sont pas les écrivains. Certains ne lisent même pas leurs propres livres mais sont satisfaits de leurs publications. Il est loin, ce Temps, où écrire un livre se faisait seul.

Du moins officiellement…Il est vrai que les controverses ne manquent avec Molière et Corneille, Shakespeare, Dumas ou encore Alphonse Daudet et Paul Arène. Officieusement, il y a eu récemment la polémique concernant l'ouvrage de Patrick Poivre d'Arvor chez Flammarion (maison mère d'Arthaud, l'éditeur de PPDA)

Publier un livre est toujours une démarche personnelle. Pourtant, il arrive qu’un écrivain ou un journaliste écrive à la place de l’auteur, tout en restant dans l’ombre, dans l'anonymat. Cela s’explique par le manque de temps, le manque de talent d’écriture ou encore pour une raison pratique.

Cet « écrivain fantôme » a pour nom « nègre », « plume » ou encore « ghost-writer » chez les anglais.

Le mot « nègre » est traditionnellement utilisé en France mais il est aujourd'hui chargé de connotations négatives évidentes.

C’est en 1845 qu’Eugène de Mirecourt s’exprime, pour la première fois, à propos d’Alexandre Dumas père : « Dumas ? Un mulâtre qui a des nègres ». D’ailleurs, ce terme est utilisé dans son pamphlet « Fabrique de Romans : Maison Alexandre Dumas et Cie, fabrique de romans ». Il est vrai que le père d’Alexandre Dumas n’était autre que le général Thomas Alexandre Davy de la Pailleterie. Le général Dumas, surnommé également « le Diable noir ». Je rappelle que Bonaparte le met à la retraite et lui refuse toute pension, de même qu'à sa veuve après son décès, malgré sa loyauté et sa bravoure.

Alors que les anglo-saxons définissent cette profession d’écrivain fantôme par « ghost-writer », nous continuons en France à utiliser un terme raciste, stigmatisant et en total décalage avec sa véritable définition.

Cette défintion française est d'ordre historique et non étymologique, contrairement au terme anglo-saxon qui donne une parfaite définition du mot et du sens.

Je m’étonne, depuis mes débuts dans l’édition française en 1999, que beaucoup d'éditeurs reprennent ce terme avec parfois de l’humour, parfois de l’ironie. Cette banalisation des mots fait sens et fait écho. Ce mot blesse car il pointe du doigt le travail ingrat de celui qui restera toujours dans l’ombre alors même qu’il a contribué à la totalité du travail. Ceci est injuste, pas valorisant.

Plus grave, j'estime que ce terme porte atteinte à une partie de notre population qui peut se sentir blessée. J'ai moi-même vu, de mes propres yeux, des amis qui ont été choqués de ce terme.

A l'évidence, c'est une atteinte à notre Pacte Républicain.

Cet héritage historique ne mérite pas de rester dans le patrimoine culturel. Le français est une langue vivante. Elle a donc vocation à évoluer. Je préconise donc le mot « plume » qui semble plus convenable et plus respectable à l’égard de tous.

Supprimons le terme "nègre" de l'édition française.

2 commentaires :

  1. Ben tiens... Quand on n'est pas fier de quelque-chose hop on l'efface, on la balaie et on la pousse sous le tapis, on l'élimine, on la fait disparaitre...
    Et la négritude d'Aimé Césaire qu'en faites-vous ?
    Vaut-il mieux supprimer le défilé du 14 juillet ou le mot nègre de la langue française ?
    Et pourquoi ne pas tenter de réhabiliter le mot plutôt que l'assassiner ?
    D'ailleurs désigner comme "nègre" celui que l'écrivain utilise un peu comme un esclave certes rémunéré mais uniquement en monnaie de singe, pas en reconnaissance de son talent, nous rappelle comment les français (entre autres) ont traité les nègres...
    Voulez-vous aussi supprimer des mots comme "dénigrer" qui vient du latin denigrare (rendre noir, noircir) et tous les mots de la langue française qui ont pour origine la racine latine du mot "noir" ?

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  2. Entièrement d'accord avec votre article. "Nègre" est véritablement inapproprié pour désigner un prête-main, un sous-traitant, une plume, un écrivain fantôme, etc...
    Utiliser ce terme sous prétexte de faire référence à l'esclavagisme (ou de s'en souvenir) est tout simplement grotesque. Et extrapoler vers la suppression des mots dont la racine vient du mot "noir" est un raccourci hors sujet.
    Sauf erreur, Mr Derambarsh pointe du doigt l'utilisation d'un terme utilisé à mauvais escient. La langue française n'est-elle pas suffisamment riche ?
    Il ne demande pas l'abolition du terme en soi - il dit simplement qu'il n'a pas sa place dans le contexte de l'édition. Ne mélangeons pas tout ...
    Pourquoi toute personne (célèbre ou non) qui n'a pas le talent requis pour écrire un livre - mais qui a une histoire à livrer - ne pourrait-elle pas rémunérer une personne pour l'aider dans sa démarche ? Qu'y a t-il de choquant à cela ? Ce qui l'est (choquant) c'est de qualifier ensuite cette main-d'oeuvre rémunérée comme un "nègre littéraire". Ceux qui acceptent de tels contrats savent qu'ils resteront dans l'anonymat. Certains regrettent peut-être que le succès du livre qu'ils ont écrit ne leur revient pas. Mais ce sont des règles connues d'avance ...
    Conclusion : ils n'ont rien en commun avec les esclaves exploités anciennement.

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