lundi 8 avril 2013

Tribune de Arash Derambarsh dans le journal Libération : "L'humour, nécessité républicaine"

Tribune de Arash Derambarsh dans le journal Libération : "L'humour, nécessité républicaine"

Par Arash Derambarsh, juriste et homme politique.

Depuis mon enfance, dans ma ville de Courbevoie, mes parents m’ont éduqué en se préoccupant de valeurs républicaines, comme le vivre-ensemble. Or, ce pacte républicain semble se fissurer dans notre pays.

«Je vois le monde comme je suis, je ne le vois pas comme il l’est». Cette citation de René Char prend toute sa dimension à notre époque. En effet, chacun s’amuse, au point de rire, selon son point de vue, son vécu, son expérience, ses croyances et selon son éducation. Nous ne rions pas de la même chose au premier abord.

Mais pendant longtemps, chacun faisait un effort de tolérance, de compréhension et d’ouverture d’esprit. Chacun faisait un pas en avant pour comprendre l’humour de l’autre. Il est vrai que ce travail sur le rire est plus difficile que sur la tristesse. En effet, quoi de plus consensuel que la tristesse ?

Nous pleurons pour les mêmes raisons : la mort, une maladie, un incident, un échec ou une séparation. Mais si nous pleurons pour les mêmes raisons, nous ne rions pas pour les mêmes choses. Le rire est clivant. Tout dépend où se situent l’arroseur et l’arrosé. «On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui» affirmait Pierre Desproges.

Contre les crispations, accepter la dérision

Notre époque confirme cette crispation. Les caricaturistes, les humoristes, les saltimbanques et les troubadours marchent sur de la porcelaine. Un procès en diffamation, en injure publique ou pire, en discrimination raciale n’est jamais loin. Or, n’ont-ils pas vocation à tout remettre en cause ? Le sacré (la mort, le crime, la religion et Dieu) ne peut-il pas être égratigné voire critiqué par un pamphlet ou une satire ?

Une civilisation qui ne peut rire du sacré glisse dangereusement vers un chemin d’intolérance et de haine. Il faut savoir prendre le recul nécessaire pour accepter les nuances. Et la nuance la plus pertinente ne peut prendre la forme que de l’humour. Cela exige une certaine culture, un certain savoir et accepter la dérision.

La vie est si courte qu’elle mérite de ne pas être prise au sérieux. Cela signifie qu’on peut être sérieux sans se prendre au sérieux. Toutefois, l’humour ne doit pas blesser ni heurter car il n’a pas vocation à se moquer méchamment. Toute la difficulté consiste donc à réveiller, choquer, provoquer sans jamais heurter ni blesser.

Ce bras de fer est et demeurera éternel.

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